Renaissance Sociale
8/10/00
 

Euthanasie, droit de ne pas souffrir ?

L'euthanasie, c'est le droit de choisir le moment de notre mort, et quand nous ne le pouvons plus, de laisser les autres prendre cette décision à notre place. La mort doit venir nous libérer quand la vie ne vaut plus la peine d'être vécue, à cause de souffrances intolérables ou d'une déchéance physique et mentale.

Mais la peur de souffrances intolérables ne peut plus justifier l'euthanasie car il existe aujourd'hui de puissants remèdes contre la douleur, qui la réduisent à néant. Ces traitements sont nécessaires même s'ils ont pour effet indirect d'abréger la vie, du moment qu'ils n'empêchent pas l'accomplissement de devoirs moraux ou familiaux, c'est-à-dire qu'ils laissent aux malades des moments de conscience.

L'obstination thérapeutique tant décriée sauve et sauvera bien des vies car on peut attendre une amélioration pour le patient : elle n'est donc pas condamnable. Ce n'est pas le cas d'une surmédicalisation inconfortable, sans perspective d'amélioration, lorsque les techniques les plus puissantes de la médecine sont disproportionnées à l'état du patient, et les interventions médicales trop lourdes pour lui ou pour sa famille. Le renoncement à ces moyens disproportionnés traduit l'acceptation de la condition humaine devant la mort.

Lorsque la médecine classique, lorsque les soins curatifs deviennent impuissants, il est nécessaire de permettre au malade de mourir plus humainement. L'équipe médicale et le patient lui-même, s'il en a la compétence et la capacité, décident alors le passage des soins curatifs aux soins palliatifs, non comme la reconnaissance d'un échec mais comme l'attitude la plus raisonnable à adopter face au malade, le considérant avant tout comme une personne et non comme une maladie. Les soins palliatifs doivent permettre au mourrant de souffrir le moins possible et de profiter d'un état de conscience maximal.

En fin de vie, une personne malade et son entourage peuvent vivre des moments essentiels, parfois les plus riches de leur vie en terme d'amour, de vérité, de partage, de compassion. Ces moments ne sont possibles que si la médecine n'est pas trop technique, si la mort est rendue familière, afin de permettre une vision complète et saine de la vie. Savoir que l'on va mourir est une question de vérité envers soi-même.

Le véritable enjeu de la légalisation de l'euthanasie est  le droit de disposer librement de son corps, le droit au suicide institutionnalisé. Prenons un exemple concret : un jeune homme complètement saoul veut se jeter du haut d'un immeuble. Vous l'en empêchez, n'ayant pas l'impression de l'amputer d'une liberté car vous considérez qu'il ne connaît pas les conséquences de son acte. De la même façon, celui qui veut se donner la mort est saoul de sa souffrance qui lui masque la réalité et brouille sa raison. L'intention qu'il a de se tuer est un appel au secours, une demande de mieux vivre. Notre réponse doit être celle d'une société qui recherche le bonheur de tous.

"Mourir avec dignité, ce n'est pas se donner la mort, c'est la recevoir avec le plus de lucidité possible non seulement comme le terme obligé de la vie, mais beaucoup plus comme l'achèvement d'un parcours. Ou d'un pèlerinage. " témoigne Aline Lizotte.
 

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