Les Etats-Unis, l'ONU et les opérations de maintien de la paix
Comme l'affirmait en 1998
Madeleine Albright : " Chaque fois qu'une région en proie à
l'instabilité et au conflit devient une zone de paix et de développement,
cette transformation sert d'importants intérêts américains.
Elle contribue à nos intérêts économiques, réduit
les risques coûteux de catastrophes humanitaires et de mouvements
de réfugiés, et élargit le réseau des sociétés
qui coopèrent afin de parer aux menaces mondiales que sont le trafic
des stupéfiants, la criminalité, le terrorisme et la maladie.
" Cette vision géopolitique trouve son aboutissement dans l'instrumentalisation
d'organisations internationales facilement manouvrables et financièrement
peu coûteuses, spécialisées dans la gestion des crises
internationales et dans le règlement pacifique des conflits. L'Organisation
des Nations unies offre à ce titre un terrain d'expression particulièrement
fertile. L'ONU permet en effet d'assurer aux États-Unis les conditions
d'une pax americana sans engagement militaire américain contraignant
et périlleux. La Presidential Decision Directive 25 restreignant
l'emploi de forces militaires américaines à l'étranger
participe de cette logique. Son application a cependant réduit considérablement
l'efficacité de l'ONU. Privées pour l'essentiel des effectifs
militaires américains, les Nations unies ont dû se résoudre
à limiter leur politique d'intervention. Entre 1995 et 1996, l'engagement
des casques bleus dans le cadre d'opérations de maintien de la paix
est ainsi passé de 60 000 personnes participant à 17 missions
à 26 000 personnes engagées dans 16 opérations. Cette
réduction drastique des effectifs s'est en outre accompagnée
d'une diminution notable du budget alloué à ces opérations,
celui-ci passant dans le même temps de 3,5 milliards de dollars à
1,6 milliard de dollars. Si le financement américain des opérations
de maintien de la paix demeure théoriquement conséquent (en
moyenne 25% du budget des Nations unies), les sommes dévolues sont
loin d'avoir été versées dans leur intégralité.
A ce jour, les États-Unis doivent à l'ONU près de
1,2 milliard de dollars. Et si le gouvernement américain a consenti
à payer intégralement sa quote-part au titre de l'année
1998 (soit 197 millions de dollars), ce n'est que contraint et forcé,
l'article 19 de la Charte des Nations unies lui ôtant dans le cas
contraire son droit de vote à l'Assemblée générale
dès janvier 1999. Or, les États-Unis entendent bien conserver
ce droit. Sans celui-ci, l'instrumentalisation des Nations unies comme
prolongement de leur propre politique étrangère pourrait
être compromise. Et comme le rappelle Bill Richardson, représentant
permanent des États-Unis auprès de l'ONU : " L'Organisation
des Nations unies représente un instrument très important
pour promouvoir les intérêts de politique étrangère
des États-Unis et pour mobiliser le soutien de la communauté
internationale à leurs objectifs de politique étrangère
(.) Nous estimons que les États-Unis peuvent le mieux promouvoir
leurs intérêts, et économiser de l'argent aux contribuables,
en abordant ces problèmes transnationaux dans un contexte multilatéral,
en encourageant à l'échelon multilatéral le soutien
à leurs objectifs. Et il n'y a pas de meilleur véhicule que
l'Organisation des Nations unies pour atteindre ces objectifs (.) C'est
dire la très grande importance que revêt cette organisation.
"
La controverse sur le programme américain de défense anti-missiles balistiques
Une étude menée
conjointement par 11 physiciens et ingénieurs du Massachusetts Institute
of Technology (MIT) et de The Union of Concerned Scientists affirme que
le futur système de défense anti-missiles balistiques américain
est complètement inopérant contre des missiles dotés
de systèmes de contre-mesures d'une technologie relativement accessible.
La diplomatie américaine non-gouvernementale
Politiquement indépendantes
et financièrement autonomes, certaines officines non-gouvernementales
américaines spécialisées dans la prévention
et la résolution des conflits participent efficacement, aux côtés
des diplomates du Département d'État, à l'établissement
d'une stabilité internationale. Animées pour l'essentiel
par des équipes de chercheurs hautement spécialisés
dans le domaine du développement économique international
et de la gestion des conflits, elles fournissent une aide précieuse
au gouvernement américain, en le déchargeant du poids de
nombreuses négociations diplomatiques délicates et coûteuses.
Là encore, la Maison Blanche se satisfait fort bien de cette diplomatie
parallèle aux multiples acteurs, celle-ci lui permettant de mener
à terme ses objectifs de politique étrangère sans
pour autant intervenir directement dans les affaires internationales.
Le leadership cyberspatial américain
La notion d'espace cybernétique
prend sa source aux États-Unis sous la présidence républicaine
de Georges Bush, lors de la signature en novembre 1991 de l'High Performance
Computing Act définissant les modalités d'un leadership américain
dans le domaine des hautes technologies de l'information et de la communication.
Cet espace est consacré par l 'administration américaine
le 15 septembre 1993 sous le terme d'Information Super Highway, dans l'un
des textes fondateurs de la politique informationnelle américaine
: National Information Infrastructure, Agenda for Action. Son instigateur,
le vice-président américain Albert Gore, déclare à
cette occasion : "Je veux relier plus vite tous les hommes grâce
aux nouvelles autoroutes de demain, les autoroutes de l'information". Cet
acte politique majeur de l'administration Clinton vise à mettre
en place un réseau informatique national à haut débit
articulé autour de l'Internet. Initialement préconisé
dans le cadre de l'éducation et de la recherche, le projet d'Albert
Gore devient partie intégrante de la politique étrangère
américaine en 1994, lorsque celui-ci appelle de ses voux la constitution
d'une infrastructure globale d'information (Global Information Infrastructure)
sensée favoriser la démocratie et la capacité des
nations à coopérer entre elles. Cet idéalisme géopolitique
ne doit cependant pas occulter la réalité d'un tel espace,
dont la légitimité est fondée aux États-Unis
sur sa capacité à développer le commerce américain
des nouvelles technologies de l'information et de la communication, tout
en assurant une position de leadership informationnel nécessaire
à la prééminence économique et politique américaine.
Les Etats-Unis face à la menace terroriste
A l'issue de la guerre froide,
la disparition de l'ancien rival soviétique a abouti à l'émergence
d'une ère géopolitique nouvelle, hissant de fait les États-Unis
au rang d'unique superpuissance mondiale. L'absence d'adversaires potentiels
à même d'affronter directement et à grande échelle
l'armée américaine n'a cependant pas conduit à l'élimination
des risques de conflits. De nouvelles menaces émergent à
l'aube du XXIème siècle, tournées pour l'essentiel
en direction d'intérêts américains. Leur origine politique
(États terroristes ou politiquement instables, organisations criminelles,
mouvements religieux et sectaires, .), la nature des armes employés
(armes de perturbation ou de destruction massive, constituées à
partir de matériaux chimiques, bactériologiques, nucléaires
ou informatiques) et la diffusion géographique de cette menace caractérisent
ce que le Pentagone qualifie de "paradigme de menace globale" (global threat
paradigm).
Le nouvel ordre économique américain
Le 26 février 1993, William Clinton annonçait lors d'une allocution prononcée à l'American University l'avènement d'une " diplomatie totale ", caractérisée par l'absence de distinction entre politique intérieure et politique étrangère. Cette vision impériale fut reprise par Anthony Lake, le 21 septembre 1993, lorsque celui-ci formalisa à l'occasion d'un discours prononcé à l'Université Johns Hopkins cet aspect de la nouvelle politique étrangère des États-Unis. Consacrant la fin du containment formulé quarante cinq ans auparavant par George Kennan, l'allocution d'Anthony Lake annonce l'avènement d'une nouvelle doctrine : l'enlargement (élargissement). Celle-ci substitue à la bipolarité géostratégique -fruit de l'affrontement Est/Ouest- un espace global dominé par les États-Unis, puissance " impériale " chargée d'étendre à la surface du monde l'économie de marché et la démocratie, valeurs emblématiques de la civilisation américaine. L'enlargement d'Anthony Lake conduit à fonder l'exercice d'un leadership américain sur des critères géoéconomiques. Or, la géoéconomie , à l'inverse de la géopolitique, ne procède pas d'une logique de conquête de territoires. Elle s'attache avant tout à la suprématie commerciale par le contrôle de marchés économiques, ainsi qu'à la prééminence technologique dans certaines " niches " à haute valeur ajoutée (informatique, secteur des télécommunications, etc.).