Renaissance sociale
8/10/00
 

Les Etats-Unis, l'ONU et les opérations de maintien de la paix

        Comme l'affirmait en 1998 Madeleine Albright : " Chaque fois qu'une région en proie à l'instabilité et au conflit devient une zone de paix et de développement, cette transformation sert d'importants intérêts américains. Elle contribue à nos intérêts économiques, réduit les risques coûteux de catastrophes humanitaires et de mouvements de réfugiés, et élargit le réseau des sociétés qui coopèrent afin de parer aux menaces mondiales que sont le trafic des stupéfiants, la criminalité, le terrorisme et la maladie. " Cette vision géopolitique trouve son aboutissement dans l'instrumentalisation d'organisations internationales facilement manouvrables et financièrement peu coûteuses, spécialisées dans la gestion des crises internationales et dans le règlement pacifique des conflits. L'Organisation des Nations unies offre à ce titre un terrain d'expression particulièrement fertile. L'ONU permet en effet d'assurer aux États-Unis les conditions d'une pax americana sans engagement militaire américain contraignant et périlleux. La Presidential Decision Directive 25 restreignant l'emploi de forces militaires américaines à l'étranger participe de cette logique. Son application a cependant réduit considérablement l'efficacité de l'ONU. Privées pour l'essentiel des effectifs militaires américains, les Nations unies ont dû se résoudre à limiter leur politique d'intervention. Entre 1995 et 1996, l'engagement des casques bleus dans le cadre d'opérations de maintien de la paix est ainsi passé de 60 000 personnes participant à 17 missions à 26 000 personnes engagées dans 16 opérations. Cette réduction drastique des effectifs s'est en outre accompagnée d'une diminution notable du budget alloué à ces opérations, celui-ci passant dans le même temps de 3,5 milliards de dollars à 1,6 milliard de dollars. Si le financement américain des opérations de maintien de la paix demeure théoriquement conséquent (en moyenne 25% du budget des Nations unies), les sommes dévolues sont loin d'avoir été versées dans leur intégralité. A ce jour, les États-Unis doivent à l'ONU près de 1,2 milliard de dollars. Et si le gouvernement américain a consenti à payer intégralement sa quote-part au titre de l'année 1998 (soit 197 millions de dollars), ce n'est que contraint et forcé, l'article 19 de la Charte des Nations unies lui ôtant dans le cas contraire son droit de vote à l'Assemblée générale dès janvier 1999. Or, les États-Unis entendent bien conserver ce droit. Sans celui-ci, l'instrumentalisation des Nations unies comme prolongement de leur propre politique étrangère pourrait être compromise. Et comme le rappelle Bill Richardson, représentant permanent des États-Unis auprès de l'ONU : " L'Organisation des Nations unies représente un instrument très important pour promouvoir les intérêts de politique étrangère des États-Unis et pour mobiliser le soutien de la communauté internationale à leurs objectifs de politique étrangère (.) Nous estimons que les États-Unis peuvent le mieux promouvoir leurs intérêts, et économiser de l'argent aux contribuables, en abordant ces problèmes transnationaux dans un contexte multilatéral, en encourageant à l'échelon multilatéral le soutien à leurs objectifs. Et il n'y a pas de meilleur véhicule que l'Organisation des Nations unies pour atteindre ces objectifs (.) C'est dire la très grande importance que revêt cette organisation. "
 

La controverse sur le programme américain de défense anti-missiles balistiques

        Une étude menée conjointement par 11 physiciens et ingénieurs du Massachusetts Institute of Technology (MIT) et de The Union of Concerned Scientists affirme que le futur système de défense anti-missiles balistiques américain est complètement inopérant contre des missiles dotés de systèmes de contre-mesures d'une technologie relativement accessible.
 

La diplomatie américaine non-gouvernementale

        Politiquement indépendantes et financièrement autonomes, certaines officines non-gouvernementales américaines spécialisées dans la prévention et la résolution des conflits participent efficacement, aux côtés des diplomates du Département d'État, à l'établissement d'une stabilité internationale. Animées pour l'essentiel par des équipes de chercheurs hautement spécialisés dans le domaine du développement économique international et de la gestion des conflits, elles fournissent une aide précieuse au gouvernement américain, en le déchargeant du poids de nombreuses négociations diplomatiques délicates et coûteuses. Là encore, la Maison Blanche se satisfait fort bien de cette diplomatie parallèle aux multiples acteurs, celle-ci lui permettant de mener à terme ses objectifs de politique étrangère sans pour autant intervenir directement dans les affaires internationales.
 

Le leadership cyberspatial américain

        La notion d'espace cybernétique prend sa source aux États-Unis sous la présidence républicaine de Georges Bush, lors de la signature en novembre 1991 de l'High Performance Computing Act définissant les modalités d'un leadership américain dans le domaine des hautes technologies de l'information et de la communication. Cet espace est consacré par l 'administration américaine le 15 septembre 1993 sous le terme d'Information Super Highway, dans l'un des textes fondateurs de la politique informationnelle américaine : National Information Infrastructure, Agenda for Action. Son instigateur, le vice-président américain Albert Gore, déclare à cette occasion : "Je veux relier plus vite tous les hommes grâce aux nouvelles autoroutes de demain, les autoroutes de l'information". Cet acte politique majeur de l'administration Clinton vise à mettre en place un réseau informatique national à haut débit articulé autour de l'Internet. Initialement préconisé dans le cadre de l'éducation et de la recherche, le projet d'Albert Gore devient partie intégrante de la politique étrangère américaine en 1994, lorsque celui-ci appelle de ses voux la constitution d'une infrastructure globale d'information (Global Information Infrastructure) sensée favoriser la démocratie et la capacité des nations à coopérer entre elles. Cet idéalisme géopolitique ne doit cependant pas occulter la réalité d'un tel espace, dont la légitimité est fondée aux États-Unis sur sa capacité à développer le commerce américain des nouvelles technologies de l'information et de la communication, tout en assurant une position de leadership informationnel nécessaire à la prééminence économique et politique américaine.
 

Les Etats-Unis face à la menace terroriste

        A l'issue de la guerre froide, la disparition de l'ancien rival soviétique a abouti à l'émergence d'une ère géopolitique nouvelle, hissant de fait les États-Unis au rang d'unique superpuissance mondiale. L'absence d'adversaires potentiels à même d'affronter directement et à grande échelle l'armée américaine n'a cependant pas conduit à l'élimination des risques de conflits. De nouvelles menaces émergent à l'aube du XXIème siècle, tournées pour l'essentiel en direction d'intérêts américains. Leur origine politique (États terroristes ou politiquement instables, organisations criminelles, mouvements religieux et sectaires, .), la nature des armes employés (armes de perturbation ou de destruction massive, constituées à partir de matériaux chimiques, bactériologiques, nucléaires ou informatiques) et la diffusion géographique de cette menace caractérisent ce que le Pentagone qualifie de "paradigme de menace globale" (global threat paradigm).
 

Le nouvel ordre économique américain

        Le 26 février 1993, William Clinton annonçait lors d'une allocution prononcée à l'American University l'avènement d'une " diplomatie totale ", caractérisée par l'absence de distinction entre politique intérieure et politique étrangère. Cette vision impériale fut reprise par Anthony Lake, le 21 septembre 1993, lorsque celui-ci formalisa à l'occasion d'un discours prononcé à l'Université Johns Hopkins cet aspect de la nouvelle politique étrangère des États-Unis. Consacrant la fin du containment formulé quarante cinq ans auparavant par George Kennan, l'allocution d'Anthony Lake annonce l'avènement d'une nouvelle doctrine : l'enlargement (élargissement). Celle-ci substitue à la bipolarité géostratégique -fruit de l'affrontement Est/Ouest- un espace global dominé par les États-Unis, puissance " impériale " chargée d'étendre à la surface du monde l'économie de marché et la démocratie, valeurs emblématiques de la civilisation américaine. L'enlargement d'Anthony Lake conduit à fonder l'exercice d'un leadership américain sur des critères géoéconomiques. Or, la géoéconomie , à l'inverse de la géopolitique, ne procède pas d'une logique de conquête de territoires. Elle s'attache avant tout à la suprématie commerciale par le contrôle de marchés économiques, ainsi qu'à la prééminence technologique dans certaines " niches " à haute valeur ajoutée (informatique, secteur des télécommunications, etc.).

Retour au sommaire